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Ce soir mon amour.

Ce soir mon amour je ne t’aime plus
Tu es plus loin que la distance qui nous sépare
Et d’autant plus absente que tu n’es nulle part
Plus étrangère que la première venue

Ce soir mon amour je ne te cherche plus
Parmi mes souvenirs au fond de ma mémoire
Je ne t’attends plus sur le quai d’aucune gare
Je me souviens à peine t’y avoir attendue

Je sais que nous buvions du vin après l’amour
Que nos nuits commençaient quand se levait le jour
Comme un torrent d’ébène tes cheveux sur ton cou
Et ton regard meurtri quand tu fais les yeux doux

Ce soir mon amour je ne te trompe plus
Avec cette fille qui dort à mes côtés
J’étais seul je lui ai demandé de rester
Je suis seul très souvent et je m’y habitue

Ce soir mon amour tu ne me manques plus
Tu ne me manques pas il me manque d’aimer
De ne plus être inutile inanimé
De n’avoir rien à perdre et d’avoir tout perdu

Je connais ta folie je connais ta pudeur
Je sais qu’on se ressemble comme frère et soeur
Je connais ton odeur je connais ton parfum
Je te connais par coeur et je ne sais plus rien

De toi mon amour que je n’aime plus
Sans arriver à me sentir enfin libre
Pareil à un danseur qui perdrait l’équilibre
Comme un prince en disgrâce comme un ange déchu

(texte de Georges Moustaki. pardon J. pour le cross-blogging mais cette chanson m’allait trop bien. j’en fais mon hymne par avance, l’hymne des mois prochains.)

cette sale faute impardonnable.

Est-ce que c’est ma faute si j’aime ? Est-ce que c’est ma faute si je suis amoureuse ? Est-ce que c’est ma faute si je l’ai aimé plus que n’importe qui, si je me suis donnée à lui, si je n’ai plus su envisager ma vie sans lui ? Est-ce que c’est ma faute, nom de Dieu, est-ce que c’est ma faute et est-ce que c’est quelque chose qu’on peut me reprocher ?

Apparemment oui. Etre préoccupée de lui à chaque instant, c’est une faute. Penser à lui chaque nuit, c’est une faute. Attendre encore quelque chose de lui, c’est une faute. Lui donner encore quelque chose, c’est une faute. Mes appels, mes emails, sont devenus : du harcellement. Il y a deux mois, c’était des signes d’amour, aujourd’hui ça s’appelle du harcellement. Mon Dieu, mais quelle bêtise de l’avoir aimé. Puisqu’il n’en comprend plus rien aujourd’hui, puisqu’il nie et ignore mon amour, puisque je ne suis plus qu’une folle amoureuse dont il faudrait se débarrasser. Se débarrasser. Tuer l’amour.

Je n’en reviens pas, après chaque histoire d’amour, d’avoir été si proche de quelqu’un et de m’en trouver si vite éloignée. Nous nous comprenions parfaitement, nous avions une connaissance intime réciproque, nous avions révélé tant de choses. aujourd’hui, parler de la pluie et du beau temps, c’est déjà beaucoup trop. Aujourd’hui, je suis devenue une étrangère. Une fille qui ne mérite même pas de réponse. Une fille qu’on peut ignorer à son gré. Une fille forcément vicieuse, stratège, une fille qui ne fait rien sans avoir en tête l’idée de le “récupérer”. Je fais tous les efforts du monde pour aller mieux, pour espacer la communication, pour ne plus parler du passé, pour assurer simplement une présence douce et alliée - c’est déjà trop. Il n’y a plus qu’une étape après ça. Le silence. Le grand silence. Je ne suis pas une alliée, je ne suis pas une amie, je ne suis digne ni de respect, ni de considération ? D’accord. Je me souhaite bien du courage pour retrouver de moi-même une image positive, valorisante, pour croire que je pourrai encore apporter quelque chose à quelqu’un. Actuellement, je ne suis qu’une fille sans intérêt incapable de se contrôler. Une fille, même plus une femme.

Dialogues.

“Je voudrais t’aider.
- Je n’ai pas besoin de ton aide.”

“Je me sens loin de toi.
- Tu l’es, désormais.”

C’est ça l’inacceptable. Cette violence face à ce que je donne encore.

me perdre dans les bras des autres pour ne plus l’aimer

Se réveiller encore le matin avec le mal d’aimer, le manque omniprésent, l’envie de vomir. Mais je vais mieux. Sans lui je vais mieux. Le manque est épisodique, le manque réapparaît parfois, le manque se fait rare. Pour autant je ne l’aime pas moins. Je ne suis pas moins soucieuse et préoccupée de ce qui lui arrive. Je suis devenue indifférente aux faits, je ne sais plus ce qu’il vit, ce qu’il traverse, qui il rencontre, je ne sais plus et ça m’est égal. Qu’il vive, sans moi, que je vive, sans lui, que nous nous reconstruisions loin l’un de l’autre. Je garde en moi l’amour entier, l’amour ininterrompu, le souci de l’autre. Ne pas lui dire, chut. Ne plus rien dire. Je ne peux pas faire semblant de ne plus l’aimer. Mais je pars vers autre chose. Je souris aux garçons. La nuit vers Odéon je marche sans savoir où aller, Clem est avec moi, il m’engueule, il me secoue, il réapparaît parfois tous les quatre mois pour prendre des nouvelles, on marche dans les rues humides il s’énerve “tu es ivre, tu vas rejoindre ce type, vous allez boire de l’eau peut-être ?” je voudrais qu’il m’embrasse, non enfin aucun garçon n’a le droit de m’embrasser, je suis trop amoureuse encore, dans mon corps il n’y a aucun désir, mon corps est vide, mon corps n’est qu’un appât pour les garçons mais dedans il n’y a pas de force, pas de force pour aimer, encore moins pour faire semblant, je ne fais qu’attendre de retomber amoureuse. j’attends le prochain, j’attends le suivant, j’attends “que le hasard se bouge”.

J’ai laissé Guillermo me prendre dans ses bras, je l’ai laissé jouer, j’ai pris le réconfort dont j’avais besoin et je suis partie - combien de taxis la nuit, combien d’heures marchées sans savoir , combien d’heures dansées sans raison, dans l’abandon, sous les yeux des garçons, me perdre me perdre me perdre, m’épuiser jusqu’à oublier, jusqu’à ne plus sentir la fatigue la douleur. Et je dis que je vais mieux. Je vais mieux parce que je n’ai plus besoin de lui, parce que je décide de ne plus me battre, ne plus m’acharner pour continuer quelque chose dont je ne serai pas capable et qui me laissera toujours insatisfaite, je renonce - mais je suis juste encore si amoureuse. Je voudrais ne plus l’aimer. Je voudrais ne garder que le passé, ne plus l’aimer.

colère.

J’aurais aimé venir écrire plus tôt. Ca fait presque deux semaines, peut-être ? Je ne sais pas, le temps s’enfuit, j’ai l’impression de n’être qu’une passagère, je fais mille choses et tout m’échappe, rien ne se retient, je n’ai pas le temps de me retourner. J’avance tant que je peux en ayant parfois le sentiment d’être dépassée, le tapis sous mes pieds va plus vite que moi, je glisse, je me raccroche, je continue, j’essaie de rester debout.

Je suis sortie de la rupture. Il a fallu du temps, beaucoup de temps par rapport à celui que nous avions passé ensemble. Un mois de rupture, de discussions, de pleurs, d’incompréhensions, de cris et de jalousies, pour trois mois d’amour. C’est Jérôme qui m’a sortie de là. J’ai fait du chemin seule, j’ai fait du chemin en m’appuyant sur mes amies - ce sont elles qui pleurent aujourd’hui, l’automne n’est qu’un cimetière de coeurs blessés - mais je n’ai compris qu’en écoutant et réécoutant “la colère” qu’il y avait une alternative à la tristesse : la révolte. Lorsqu’on est abandonnée, on peut noyer la colère dans les pleurs et se sentir coulée, enfonçée, abattue, ne trouver le calme que dans le corps vidé de son eau, le corps même vidé tout entier, le corps inexistant. On tente la moindre démarche pour rattraper l’autre, le toucher à nouveau, lui faire comprendre notre douleur, lui demander de revenir. On s’agenouille, on s’abaisse, on se nie soi-même, on ne réclame que l’autre, on lui est toute entière donnée. Ou bien la colère peut se transformer en révolte, en une énergie qui redonne de l’élan, en un refus de la situation. J’ai été quittée - je ne vais pas non plus continuer à lui offrir un royaume, un royaume qu’il ne mérite pas, un amour qu’il a rejeté. Je veux dire que ça n’est pas acceptable. Que je ne peux pas me donner davantage avec l’espoir qu’il redonnera à son tour. Je ne peux plus donner à celui qui offre un mur. Je sais bien que j’ai la force, la foi, l’amour suffisants pour m’enfermer pourtant dans cette absurdité, je sais bien que l’amour ne s’éteint pas, que chaque jour je l’aime et pour des mois encore - jusqu’au prochain qui prendra cette place en moi - je sais bien que je pourrais l’attendre et tout supporter au travers de l’attente et de l’espoir. Jérôme m’a ouvert les yeux, Jérôme m’a mise devant la réalité - celle de la rupture, de l’amour qui ne circule plus qu’à sens unique, des forces que je perds à force de les donner - et dans la salle bruyante les mots couvrent tout, les mots me chavirent, les mots me blessent, les mots me plongent dans l’hébétude - “mon amour je suis partagé entre te protéger toujours quoi que tu fasses de moi dans cette vie de rêve, et la colère que tu me donnes de me laisser seul la nuit comme ça, j’oscille à ton égard entre la sainteté et la colère, mais je crois que j’aime trop la chair pour être canonnisé, et c’est ma colère, ma colère qui tient mes sourcils” - les gens autour parlent, dinent, rient, se sourient - je suis dans autre chose, je suis habitée, je suis bouleversée, la réponse enfin là se dessine - ce sera la colère.

Le lendemain dans un café de la rue Bonaparte, je suis défaite comme je ne l’ai pas été depuis longtemps - peut-être même que je n’ai jamais osé sortir dans Paris cachée sous tant de pulls et derrière mes lunettes de soleil, les cernes me rongent le visage, j’ai la peau blanche d’une fille anémiée, mes jeans sont trop grands, mes mains longues, transparentes aux veines allumées, les doigts comme des brindilles prêts à se casser net si personne ne les réchauffe. Jérôme dit que j’ai le visage de la Renaissance italienne, le visage allongé, la peau laiteuse, la fragilité marquée sur le corps entier, les muscles raidis, les jambes marquées d’ecchymoses, la peau coupée par la lame du rasoir, je me protège derrière mes bras repliés. Je parle un peu, je dis doucement, toujours doucement ce qui arrive, ce qui m’arrive, ce qui m’échappe, ce que je ne comprends pas, et Jérôme apporte des réponses, Jérôme me rassure et me donne accès à la colère, j’ai droit à cette colère-là, j’ai le droit de me révolter contre l’abandon, même si ça n’est pas sa faute, même s’il n’a pas voulu me faire ce mal - j’ai été tellement blessée. Je suis blessée chaque jour, je porte la douleur en moi, cette cicatrice que tout le monde a voulu voir, cette cicatrice qui se refermera aussi, si lentement, si imperceptiblement, mais qui ne s’effacera pas. J’ai eu mal dans ma peau, j’ai eu mal dans mon ventre, j’ai voulu tellement vomir, m’abîmer, me détruire, j’ai voulu supprimer ce corps qui n’était qu’une douleur, chaque matin se réveiller avec la douleur vrillée au ventre, alors peut-être il aurait mieux valu ne plus se réveiller.

J’ai repris pied. J’ai repris pied par la colère et par ce qu’il a finalement avoué. J’ai repris pied parce que ce que je croyais n’était pas totalement faux, parce que j’avais raison de croire aux sentiments fous et absolus, à la rencontre rare et unique. Je savais exactement la passion qui nous avait ravagés, je savais comme tu m’avais aimée, je savais comme tu étais devenu fou de moi - tu refusais de reparler des mois écoulés, tu répétais inlassablement que tu ne m’aimais plus - mais tu as fini par dire la vérité des sentiments partagés. J’ai cru parfois que j’avais été seule à me donner, seule à aimer, seule dans la folie de notre amour - non, tu étais là comme moi, tu n’en revenais pas non plus de cette rencontre exceptionnelle, tu n’en revenais pas des heures à parler ensemble et seulement m’embrasser pour que je ne puisse plus parler, et les nuits hors du monde, les nuits hors du temps, les nuits que personne ne nous volera, que personne ne reproduira, que personne ne connaîtra. J’ai cru que tu m’avais trahie, lésée, j’ai cru que tu lui offrirais bientôt la même chose qu’à moi, que rien n’aurait compté, que tout notre amour effacé - mais non, tout est vrai, tout a existé, et cette histoire nous appartient.

L’honnêteté.

Sentir que l’honnêteté n’a pas été là. Sentir que toutes les réticences, toutes les résistances, tous les comportements inexpliqués venaient de là. Découvrir ce qui était caché, ou savoir seulement que quelque chose était caché - et ne plus pouvoir faire confiance. Lorsque j’avais fini par avouer à M que nous fréquentions le même garçon, j’avais été horrifiée par sa réaction. Cette violence, ce dégoût, cette impossibilité à me faire à nouveau confiance. J’avais beau dire - comment t’avouer, comment te dire la vérité, comment en deux mois trouver l’occasion, les mots, la motivation ? Elle avait raison de ne plus vouloir me faire confiance. Lorsque l’honnêteté a manqué, lorsque des choses fondamentales ont été cachées, lorsque des secrets ont longtemps été gardés, comment avoir confiance pour la suite ? Il a fallu du temps, il a fallu des mois, avant que la confiance ne revienne. A nouveau là aujourd’hui, mais est-ce exactement comme avant ? Je ferme les yeux et je laisse ma main à M pour me mener n’importe où, je suis aveugle près d’elle, mais ce n’est pas moi qui ai été abusée.

Je sais que les choses sont trop difficiles à révéler parfois. Je sais qu’on croit faire le moindre mal en laissant l’autre dans ses impressions, ses vérités, sans jamais détromper. Je sais à quel point l’aveu est difficile. Je sais la violence qu’il faut faire à soi-même. Je sais la douleur immédiate de l’autre qui reçoit la vérité. Mais il me semble pourtant, encore, que la vérité terrible et immédiate, qui vient comme une déflagration, vaut mieux que les journées, les semaines et les mois de malaise. Que la vérité vite avouée est une preuve de courage et d’honnêteté - alors que tout ce qui sera retardé, tout ce qui durera et s’éternisera, ne pourra rendre que plus forte la mise en doute le moment venu - “mais alors tous ces jours où ça n’allait pas, tous ces jours où le malaise régnait, tous ces jours de recul, de réticence, de résistance, tous ces jours ? l’honnêteté n’était pas là ?”. C’est tellement difficile ensuite de refaire confiance lorsque l’écart a existé. Le temps qu’il faut pour reconstruire, retrouver la confiance, céder à nouveau et se dévoiler. Je préfère la vérité brute, immédiate, sans précaution - à la vérité trop tardive, le doute qui s’est installé, la capacité qu’a eue l’autre à faire comme si, tout en gardant les secrets cachés.

Concorde Atlantique.

Une nuit sur la péniche, une nuit sur la Seine, la robe légère sur le corps aminci, les jambes longues sous le voile clair et les très hauts talons - autour de moi partout il y a des gens que je connais, des amis, des gens avec qui rire, danser, échanger les verres de vodka - je me sens un peu de retour “chez moi”. le souvenir des soirées de l’an dernier où tout n’était que sensualité. Agathe me tient dans ses bras, Agathe me protège quand les garçons s’approchent, j’ai le visage lavé aux larmes mais cette nuit je fais comme si j’étais capable de reprendre le jeu du désir. il y a mes garçons, un peu perdus, mes garçons dont les épaules me rassurent, je laisse G. jouer avec ma peau, ma nuque et mes hanches, mais mes lèvres gardées intactes, mes lèvres protégées, je ne laisse pas les baisers se perdre. J’ai besoin de sentir le désir mais il faut se protéger aussi, il faut d’abord la reconstruction intérieure avant de me lancer à corps perdu dans - je ne sais pas, juste pas cette nuit, juste sourire et sentir la douceur, le désir, et puis avec Agathe en se tenant par la main nous sommes rentrées, sans mes garçons, seules et entières, heureuses et confiantes.

Corps blessé.

Je voulais à tout prix monter Noroise ce soir. Pour penser à autre chose, pour m’occuper l’esprit. Je tenais à monter à cheval, et puis bon, ma jument je dois m’en occuper, que j’aille bien ou pas. Alors je suis allée monter malade, fiévreuse, fatiguée et sans voix. Sans force. Je n’arrive pas à manger le matin, le midi un peu, le soir encore moins. J’avais déjeuné vers 13h, pas assez sans doute. Je me suis retrouvée devant les obstacles en ayant faim, pas loin de l’évanouissement. Noroise a beau être douce et adorable lorsqu’on s’occupe d’elle - une fois sous ma selle elle devient impitoyable. Ou très intelligente. Les chevaux, lorsqu’ils ressentent le mal-être du cavalier, en règle générale s’adaptent et se montrent plus dociles. Noroise fait le contraire. Lorsqu’elle me sent faible, absente, elle n’a qu’une idée en tête : en profiter, jouer, reprendre sa liberté. La détente s’est bien passée. Lorsque les chevaux ont commencé à passer les barres, Noroise s’est énervée. Coups de dos à chaque fois qu’un cheval sautait. J’ai eu droit à une séance de rodéo, comme celles dont j’avais l’habitude l’hiver dernier. Je reste en selle maintenant, elle ne peut plus vraiment me faire tomber dans ces cas-là. Mais sur la première barre je suis mal arrivée, la foulée n’était pas bonne, le premier saut a été déséquilibré et Noroise a dérobé devant le suivant. Je n’ai pas suivi son écart. J’ai glissé devant contre son encolure. Je suis tombée, violemment, de très haut, de Noroise qui était lâchée en coups de dos dans le fond du manège. Je ne me suis pas fait mal mais j’ai pleuré immédiatement- c’était les pleurs de la rupture, de la douleur et du manque, pas de la chute. Je suis remontée, mon visage plein de sable. Je suis retournée sur les obstacles. Noroise n’a pas arrêté de dérober, et je n’avais aucune force pour la conduire, pour faire barrage à ses écarts. Dans mes bras il n’y avait rien. Mon corps trop léger ne tenait plus. Je tentais simplement de rester sur son dos. J’ai fini par sauter le premier obstacle, de l’arrêt. J’ai été projetée sur son encolure, je n’ai pas pu suivre le second saut. De tout là haut, de deux mètres peut-être, je me suis vue partir vers l’avant, la tête en premier. J’ai touché le sol et Noroise est passée sur moi. Je me protégeais de mes bras. J’avais ma bombe et mon protège-dos. Je ne pouvais plus me relever. Je pleurais et je ne voyais plus rien. Le bas de mon dos était douloureux. Je me suis remise debout, tout doucement, avec Céline qui m’accompagnait. Céline qui savait si bien que je ne dors plus, que je ne mange plus, que je crève de douleur. Je ne suis pas remontée, j’ai laissé Diane reprendre ma jument qui a très bien sauté ensuite.

Je voulais monter à tout prix pour oublier, pour penser à autre chose, pour retrouver ma jument. Ma jument folle, ma beauté irraisonnable, ma guerrière. Je savais que j’étais vide, exténuée, très faible. Je sentais les vertiges, le besoin de me nourrir, la force absente. J’ai voulu monter, pourtant. Je suis rentrée ce soir la lèvre éclatée, du sang plein la bouche. Maintenant ma lèvre est bleue et gonflée. J’ai des bleus, des traces de toutes les couleurs et de toutes les tailles sur une jambe. J’ai un muscle de la cuisse élongué. Surtout, j’ai eu le coccyx frappé tellement fort que marcher, m’asseoir, me baisser ou me pencher est une douleur. J’ai voulu monter, à tout prix ; j’ai voulu monter, pour oublier. Je me suis blessée parce que je n’avais pas la force, parce que je n’aurais jamais dû. Je suis rompue, ma lèvre saigne tellement que je ne peux pas manger beaucoup plus, je porte toute la fatigue de la semaine et des nuits sans sommeil sur mon visage - ce soir j’ai eu peur, j’ai eu peur en tombant, j’ai cru mourir. Et peut-être que je le cherchais.

Douleur et manque.

La douleur et le manque. Plus rien d’autre dans mon corps. La douleur et le manque qui m’empêchent de dormir alors que je suis morte de fatigue, vaincue par la maladie et fiévreuse. Douleur, manque. Corps obsédé par la douleur et le manque. Corps tatoué à la douleur et au manque. Tuer mon corps pour tuer la douleur et le manque ? Prendre des médicaments pour dormir.

Manifeste.

J’ai commencé à écrire l’année de l’hypokhâgne. J’avais 18 ans et j’écrivais au stylo plume dans un carnet Muji à couverture beige. Deux ans plus tard, je me suis attaquée à l’écriture en ligne. J’avais des amis qui écrivaient, qui tenaient des journaux en ligne (et jamais intimes). Je connaissais les risques d’avoir un endroit soi-disant à soi, alors que tout est exposé. Je savais que les lecteurs ne sont pas tous bienveillants. J’avais entendu parler des attaques menées contre l’écriture intime. J’ai créé un premier site que j’ai tenu à jour d’août 2005 (d’abord le carnet de la Sicile) à février 2007. J’ai arrêté pour des raisons pratiques (mon ordi a planté, je n’ai pas eu Dreamweaver sur le nouveau, je n’avais plus le temps de faire du html et le format d’un blog correspondait mieux à la forme que je voulais donner à mon écriture) et j’ai arrêté d’y écrire parallèlement à une rupture. Je voulais passer à quelque chose de neuf, dans ma vie comme dans mon écriture. J’ai alors ouvert le blog .. aglae in time .. et parce que j’écrivais depuis trois ans, parce que j’avais envie de donner mes textes davantage à lire, parce que je voulais partager et tisser des résonances, des correspondances, atteindre d’une façon positive ou négative des lecteurs par mon écriture et ma façon de ressentir le monde, j’ai commencé à diffuser l’adresse de mon blog. Pas à mes amis. Mais sur des cercles de bloggers, sur des sites de recensement, et même jusqu’à facebook. Sur mon profil facebook, il y a l’adresse de mon blog. C’est un choix mesuré, réfléchi, empreint du danger sous-jacent. Toutes les personnes que je vois chaque jour, en cours, sur des projets, à des soirées, ont accès à ce blog. Ce blog d’écriture personnelle, ce blog aux aspects intimes, ce blog d’invention également. Les mots réinventent. Les mots transforment. Les mots construisent une autre vérité, leur vérité propre, une vérité qui n’est pas réelle, qui n’est pas matérielle, qui n’est pas factuelle. Je sais que le danger consiste à ce que certains lisent ces textes dans l’espoir d’y trouver les faits, d’y reconstituer ma vie, mes relations, mes histoires amoureuses.
Plusieurs fois, j’ai été attaquée : il y a eu ce garçon qui me traitait ouvertement et publiquement de fille facile, expliquant que mon blog révélait tout et que ma réputation (quelle réputation ?) se confirmait dans mes textes en ligne. C’était sans doute un coup de bluff. Puisque dans mes textes, je fais très attention à ce que je laisse passer. Je sais à quel point une réputation peut gâcher quelques années d’étude. Je connais les limites. Je sais que je ne suis pas attaquable. Je sais qu’on ne peut rien dire d’autre que : j’aime les garçons à la folie. Il y a d’autres choses à savoir ? Des détails plus croustillants ? Oui bien sûr. Mes expériences sexuelles ? Oui bien sûr imaginez tant que vous voudrez, fantasmez, inventez. Il y a des choses cachées, il y a des secrets. Amusez-vous à les découvrir. Cherchez. Retournez bien tout mon passé. Mon “historique”. Je n’ai pas de réputation, je n’ai pas peur, les secrets ne sont gardés que par des personnes en qui j’ai confiance.
Et puis il y a eu cette nouvelle attaque, ce jugement porté envers l’amour que je vivais, une jeune femme qui croyait mieux savoir - mais mieux savoir par rapport à quoi ? Par rapport à ce qui paraissait dans mon journal ? Je le redis, ce journal est personnel. Il ne concerne que moi. Il n’est écrit que par moi. Il n’est pas objectif mais entièrement subjectif. Il s’inspire de mes ressentis, de mes sentiments, de mes sensations. Et une jeune fille qui me connaît à peine ose me dire que mes perceptions sont fausses ? Mais mes perceptions sont miennes. Mes perceptions m’appartiennent. Mes perceptions n’engagent que moi, pas la personne en face.
Enfin cet été, j’ai souvent écrit ma relation amoureuse nouvelle et extrêmement heureuse. J’ai beaucoup écrit l’amour, le désir, l’entente, les moments partagés. Depuis quelques semaines, j’écris la rupture, la déchirure, le sentiment d’abandon, la douleur, la colère, l’incompréhension. Toute ma relation avec lui semble là. Semble, seulement. Ce sont mes mots. Ce ne sont pas les siens. C’est mon interprétation. C’est ma voix unique, son point de vue n’a pas sa place sur mon seul espace de liberté, son droit de réponse n’existe pas. Je suis seule sur ce blog. Je suis seule à écrire et livrer une perception de la relation. Et pourtant, pourtant, certains ont osé venir chercher ici le fin mot de l’histoire ? Certains ont cherché à connaître son nom ? Certains ont voulu savoir s’il s’agissait de lui, ou de K, ou de je ne sais qui d’autre ? Mais vous n’avez rien compris. Vous n’y êtes pas. Mon blog ne sert pas à ça. Mon blog ne sert à rien. Mon blog n’est qu’un lieu d’écriture. Mon blog n’est pas un lieu de déballage. Vous voulez savoir ce qu’il en a été, ce qu’il en est ? Ecrivez moi, demandez moi. Ecrivez lui aussi, posez les questions qui vous obsèdent.

Les faits, vous les voulez ? Réjouissez-vous, léchez-vous les lèvres, et que ça bave, et que ça dégouline, je vais vous dire ce soir. Je vais vous dire que je l’ai rencontré en juin, que nous nous sommes aimés très vite, que nous avons passé des moments inouïs, des nuits inégalables, et que des choses très particulières nous ont unis. Je vais vous dire qu’il m’a aimée, qu’il m’a désirée, que tout était sincère, qu’il ne m’a jamais trompée. Je vais vous dire qu’un jour, il ne m’a plus aimée. Qu’un jour, son amour s’est atténué. C’était au début du mois de septembre. C’était le 9 septembre. Notre tendresse l’un envers l’autre est restée. Et puis il y a eu des crises, beaucoup de crises, depuis quatre semaines il n’y a eu quasiment que des crises. Mais la tendresse aussi toujours, et retrouvée, et là. Plus que tout, plus que tous vos ragôts et vos putains de conseils ne veulent le laisser croire, nous tenons l’un à l’autre. Et ça ne regarde que nous. Et vous n’avez pas à chercher les détails auprès de vos amis, ni au travers du blog. Demandez moi. Ecrivez moi, je réponds facilement. Je vous les donnerai les détails, et au moins ces détails seront la vérité. Ca vous empêchera de croire qu’il m’a trompée, ça vous empêchera de raconter tout et n’importe quoi. Lorsque je suis allée à Londres en septembre, nous n’étions plus ensemble de jour - mais encore ensemble la nuit. Trois semaines après notre rupture, j’ai été oubliée et remplacée. Aujourd’hui nous sommes séparés, et j’ai été quittée. Voilà, il faut que je le dise, que je l’écrive, pour que tout le monde soit content ? Il faut que je m’humilie à vous avouer ça pour que vous sachiez bien tous les détails, pour que vous soyez rassasiés ? Voilà, c’est fait. Et aujourd’hui nous sommes des amis. Je le respecte, je l’admire plus qu’il ne le sait, j’ai encore tant de choses à apprendre de lui au travers de notre amitié, je tiens à lui. A lui comme à mes amis intimes. J’accepte sa nouvelle relation, qui ne me regarde pas. Lui comme moi, n’avons aucun conseil à recevoir de qui que ce soit. Nous savons ce que nous faisons. Nous décidons de ce que nous faisons. Et là, nous croyons à cette amitié. Rien d’autre à ajouter. Les fais sont là, régalez-vous.

Je sais bien que personne n’a écrit quoi que ce soit et que ma réaction ce soir est violente. Je sais bien que ce ne sont que quelques rares personnes qui sont visées, quand l’essentiel des lecteurs a compris - qu’on lit mon écriture, pas ma vie. Qu’on commente mon écriture, ma perception, mon ressenti - pas ma vie. Mais tout s’est tellement dit. Tout s’est tellement su. Mal su. De façon déformée. Il fallait rétablir. Il fallait dire la beauté de notre relation, l’intensité de notre relation, la sincérité de notre relation. Il fallait dire la fin de notre relation, l’horreur et la douleur d’être quittée, et que je n’ai pas à avoir honte. Personne n’a le droit de salir ça. C’était là. Ca a existé. Autres temps, autres sentiments : il ne m’aime plus. Je l’accepte. Je prends, j’avale, je supporte, je survis. Les bruits, les murmures et les rumeurs me mettent dans une fureur qui me donne toute l’énergie de surmonter la difficulté. Je le dis, je le redis, je l’affirme encore et encore et encore et toujours : agressez-moi, mêlez-vous de ce qui ne vous regarde pas, trompez-vous dans la façon de lire mes textes - j’en serai plus forte, j’en serai plus déterminée, j’écrirai encore et encore et davantage, je transformerai la réalité dans mes textes comme je l’ai déjà fait, et comme vous n’avez rien vu, et je continuerai à écrire même ce qui dérange. Il n’y a que moi qui sache, et lui, et personne d’autre. En lisant mon écriture, vous ne savez rien.